Amsterdam, Nanaimo, Victoriaville et un jour, Sorel-Tracy : la stratégie du beigne

Après avoir récemment revisité le concept de District culturel pour le développement du Vieux-Sorel. Je vous réitère une autre suggestion : adopter la stratégie du « beigne »Doughnut Economics – du moins pour certains aspects, dans le cadre du développement global de la ville de Sorel-Tracy ; y incluant à la fin, l’ajout de 3 actions à mettre en œuvre.


Pourquoi je vous ramène ça ? Parce que Le Devoir publiait le 11 janvier 2021, l’article suivant : La recette économique équilibrée du beigne ; considérant que le 11 avril 2020, j’avais publié sur le SorelTracy magazine, une chronique intitulée : La région de Sorel-Tracy et Amsterdam : la stratégie du « beigne ». Bref, 2 suggestions de lecture afin d’aller de l’avant avec cette chronique, surtout l’article du Devoir au sujet du « doughnut » que voici : Sans entrer dans les détails, c’est un modèle de développement durable de seconde génération qui intègre les aspects de développement socio-économique, dans le contexte de la gestion d’une ville. C’est une peu le rejeton du célèbre rapport Brundtland qui a initié le concept de Développement durable en 1987 et qui est plus connu à Sorel-Tracy par les initiés, sous le vocable d’Agenda 21 local. Le tout est issu des travaux de l’économiste Kate Raworth de l’Université Oxford en Angleterre, laquelle est qualifiée de John Maynard Keynes du 21e siècle. Ce n’est pas rien.

Rappelons-nous que Sorel-Tracy, dans un contexte de reconversion industrielle, a fait des efforts importants à partir de 1982 pour s’affranchir de sa situation et de son image de ville parmi les plus pollués au Québec et au Canada. Tant et si bien que lorsque je suis revenu dans mon coin de pays en 2010, des vocables comme Technocentre, Technopole en écologie industrielle, Centre de transfert technologique en écologie industrielle (CTTEI) et Agenda 21 local étaient présents dans le discours public. Ce qui avait permis à Sorel-Tracy et sa région de se positionner avantageusement comme endroit où le développement durable était un mode de vie, comme pour Victoriaville présentement. Depuis, seul le CTTEI n’est pas disparu.

L’arrivée d’une nouvelle classe politique à partir de 2009 (M. Réjean Dauplaise) et en 2013 (M. Serge Péloquin) a relégué aux oubliettes par manque de vision, cet avantage concurrentiel que nous avions mis des années à construire. Tant et si bien qu’en 2021, au-delà des bornes électriques de recharge pour autos qui font de belles photos, ce qui reste de notre Agenda 21 local sert surtout à faire de l’écoblanchiment ; un terme savant qui signifie que les bottines ne suivent pas les babines.

Ainsi, dans une entrevue accordée à CJSO en septembre 2019, l’un des principaux acteurs de l’implantation de l’Agenda 21 local dans la région, M. Yves Fortin, s’est montré très déçu de la ville de Sorel-Tracy qui estime-t-il, a failli à ses engagements en matière de développement durable.

A-t-il raison ? Chacun jugera. Mais si on élimine le facteur pandémique de l’équation qui gruge actuellement une bonne partie de nos énergies, le discours environnemental concret de notre classe politique québécoise est assez limité. François Legault on le sait, n’est pas reconnu comme un environnementaliste. Si on transpose le tout au niveau municipal, connaissez-vous la Politique environnementale de Sorel-Tracy? Obscure et perdue dans les méandres du site internet de la ville, ce document couvre un gros 3 pages.


Pour sa part, l’Agenda 21 local est disparue de l’agenda politique local. Au niveau régional, on retrouve sur le site internet de la MRC Pierre-De Saurel, la mention suivante : « La MRC … souscrit à une politique de développement durable… a mandaté le Technocentre en écologie industrielle pour l’accompagner… » Lequel Technocentre est fermé depuis des années. Notons que tout n’est pas perdu.


Nous avons à Sorel-Tracy un Éco-Centre et la collecte sélective, mais il s’agit d’exigences gouvernementales qui ne doivent rien à une volonté municipale ou régionale. Nous avons aussi le Recyclo-Centre, une institution phare de notre communauté qui elle, est supportée en partie par nos contribuables ; sans oublier Parc éolien Pierre-De Saurel (PEPS), seule installation communautaire de cette nature au Québec ; sans oublier le CTTEI ci-haut mentionné.

Même dans notre contexte pandémique, le réchauffement climatique ne s’est probablement pas mis en confinement. En ce sens, il reprendra sa marche s’il ne se s’est jamais arrêté avec sa cohorte d’impacts négatifs sur nos vies. Nous pouvons jouer au climatosceptique, mais par exemple, le présent mois de janvier exceptionnellement doux que nous traversons avec son faible couvert de neige n’est qu’un signe de plus.


Comme communauté, nous pouvons attendre que les événements décident pour nous. Ou nous pouvons agir à notre échelle avec les moyens que nous avons, dans ce Québec centralisé, où tout se décide dans les officines à Québec, dans la grande stratégie du « Pepsi pour tout le monde ». D’ailleurs, n’est-ce pas le couvre-feu pour tout le monde ?

Outre la pandémie dont les effets (prévisibles et surtout imprévisibles) se feront sentir encore pour plusieurs années, les risques de catastrophes naturelles entraînés par les changements climatiques sont considérés comme parmi les plus importants. C’est du moins l’opinion exprimée dans la 15e édition du célèbre World Economic Forum’s Global Risks Report sur les risques mondiaux 2020. En ce sens, que pouvons-nous faire à l’échelle de Sorel-Tracy?

Ne rien faire n’est pas une option. À ce titre, là comme dans plusieurs autres domaines, la prochaine administration municipale à Sorel-Tracy en novembre 2021 devra résolument recommencer à travailler sur les fondamentaux de notre communauté. Nous pouvons bien sûr penser à l’amélioration de notre structure socio-économique, mais nous ne pouvons plus ignorer tous les aspects liés au développement durable et leur interrelation. Compte tenu de ce qui précède et sans s’y limiter, il faudra :

  1. Se préparer aux impacts physiques des changements climatiques par la mise en œuvre et la simulation de plans d’urgences. Il y a les extrêmes que l’on ne peut plus dorénavant ignorer (ex. : effondrement de nos sociétés), les crises sur le long terme (ex. : pandémie) ou sur le court terme (ex. : verglas, incendie) qu’il faut maintenant adresser avant de les subir. Les plans d’urgence, ce n’est pas très sexy, mais nous ne pouvons plus nous permettre des gestes intempestifs, basés notamment sur la simple logique budgétaire comme la mise à pied subite de 90 employés de la ville de Sorel-Tracy à la fin de mars 2020 (Note : la ville se Sorel-Tracy serait supportée en matière de situation d’urgence par le groupe conseil Prudent).

  2. Se repositionner comme ville et région leader en matière de développement durable, notamment en revisitant notre démarche d’Agenda 21 local en vue de la faire migrer vers un modèle de type « Doughnut Economics ». Dans une ville qui possède en ses murs, une usine – Alstom – spécialisée en fabrication de matériel roulant pour le transport en commun, c’est devenu stratégiquement, une carte de visite incontournable ; surtout au moment où les gouvernements s’apprêtent à investir massivement dans les énergies vertes et leur utilisation.

  3. Utiliser et réorienter vers un mode utilitaire en termes de développement socio-économique, nos institutions à caractère « développement durable ». Quoiqu’un pas dans la bonne direction ait été fait récemment avec l’utilisation des profits de PEPS, ceux-ci devront encore mieux refléter leur impact positif sur notre développement. Autre exemple, les activités du CTTEI devront améliorer grandement leur apport utilitaire au développement socio-économique de la région de Sorel-Tracy.

Conclusion : Si Amsterdam, Nanaimo ou Victo sont capables de le faire, nous le sommes aussi.

Jocelyn Daneau, contact@daneau2021.org